







































Loué soit Uberti !
Vous n’entendrez pas si souvent Maître Flingus vous dire ça. Mais, en l’espèce, le modèle en vaut la peine.
Il y a des armes qui racontent une histoire, qui n’existe pourtant pas, autant qu’un mécanisme. Celle-ci en est le parfait exemple.
Il y a en eu d’autres: des Winchester 1892 dans des films qui se passent vers 1870, ou des SAA en 454 Casull ou même le fameux mistouflet du Marquis de Pontcallec dans le film « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier.
Et pourtant on les adore, et en toute connaissance de cause, ces armes très improbables. Parce que la légende et les images sont encore plus belles que tout.
Tout commence ici avec le Colt Single Action Army de 1873, le fameux « Peacemaker », qui devient cette année-là l’arme de poing réglementaire de la cavalerie américaine avant de conquérir aussi bien les cow-boys que les hors-la-loi de l’Ouest. Le SAA standard sort alors d’usine avec un canon de 7,5 pouces — déjà fort respectable — mais rien d’extraordinaire.
C’est là qu’intervient la légende de Ned Buntline et de notre arme hors normes.
Selon le récit popularisé en 1931 par le biographe Stuart N. Lake dans son ouvrage « Wyatt Earp: Frontier Marshal », Buntline, écrivain à succès de romans de gare, au terme d’une vie déjà légendaire, aurait commandé chez Colt cinq revolvers Single Action Army spéciaux, à canon extra-long de 12 pouces, montés d’une crosse d’épaule amovible.
Buntline les aurait ensuite offerts à cinq figures légendaires de la loi dans l’Ouest : Wyatt Earp, Bat Masterson, Bill Tilghman, Charlie Bassett et Neal Brown, en remerciement pour la matière qu’ils lui avaient fournie pour ses récits.
Belle histoire — sauf qu’elle est presque sûrement inventée!
Les historiens n’ont jamais retrouvé la moindre trace de cette commande de Buntline dans les archives de Colt. Et Buntline lui-même n’a probablement jamais rencontré Earp : au moment supposé de la remise du cadeau à Dodge City, ce dernier était en réalité sous le coup d’une inculpation pour meurtre et minait de l’or très loin de là dans le Dakota…
Mais peu importe la vérité historique : le mythe a suffi à populariser durablement l’image du « Buntline Special », ce Colt à canon interminable et à crosse amovible, immortalisé bien plus tard à l’écran, notamment par Kurt Russell dans « Tombstone ».
Du coup, on en a vu des plus extraordinaires les uns que les autres réalisés le plus souvent sur commande par des amateurs en mémoire des 5 légendes qui en auraient été titulaires.
Certains sont d’ailleurs fort anciens ce qui témoigne soit que la légende de Buntline avait déjà des émules dès le tournant du siècle, soit que des amateurs avaient déjà eu la même idée indépendamment de Buntline car on trouve des exemplaires Colt assez anciens dans d’autres longueurs parfois plus longues encore que le 12 pouces.
Il faut dire qu’il y avait matière à légende aussi dans la vraie vie de Buntline lui même. Avant d’être écrivain à succès, Edward « Buntline », de son vrai nom Zane Carroll Judson, né en 1821 à Harpersfield, dans l’État de New York avait déjà eu 10 vies ou plus.
« Buntline » est un pseudonyme emprunté au vocabulaire maritime. Une « buntline » désigne en effet une cordelette servant à assujettir le bas d’une voile carrée sur un navire.
Un choix logique : à 13 ans, Judson alias Buntline fugue pour s’engager comme mousse dans la Marine. Plus tard, il obtient une commission de midship (sous-officier) dans l’US Navy, décrochée après avoir sauvé l’équipage d’un bateau percuté par un ferry sur l’East River à New York.
Il fera ensuite le coup de feu dans les guerres séminoles pendant près de quatre années. Puis, il se lance dans le journalisme et l’édition d’abord à Cincinnati puis à Nashville. Il fait faillite. Il fuit ses créanciers dans le Kentucky où il empoche une prime de 600 dollars pour avoir capturé, seul, deux meurtriers…
Bref, sa vie d’aventures continue.
Installé à Nashville, il a une liaison avec l’épouse adolescente d’un certain Robert Porterfield — qui le provoque en duel. On est en 1846.
Buntline ne fait rien moins que le tuer. Les circonstances sont troubles. Il y a procès pour décider si le duel en était bien un.
Lors du dit procès, il est blessé par balle par le frère de la victime qui veut la venger. Buntline saisit l’occasion. Il profite du chaos pour s’échapper.
Il est néanmoins rattrapé par une foule hostile qui le lynche sommairement pendu à un auvent ! Il survivra, sauvé in extremis par des amis.
Devant le chaos provoqué par ce procès devenu fou, le grand jury du Tennessee préfèrera finalement ne pas l’inculper pour meurtre. Buntline est à nouveau sur les routes, libre comme l’air.
Il continuera sur cette lancée d’aventures toute sa vie : meneur d’une émeute new-yorkaise en 1849 (l’ »Astor Place Riot », contre un acteur anglais jugé trop hautain), agitateur du mouvement anti-immigration « Know Nothing » dans les années 1850, soldat de l’Union pendant la guerre de Sécession où, en dépit de sa bravoure, il sera finalement rétrogradé au rang de simple soldat pour avoir prolongé sans autorisation une permission afin de retrouver sa femme…
Au passage, on lui prête pas moins de huit mariages au cours de sa vie, une bonne partie en parallèle les uns des autres. Dans l’Amérique puritaine des années 1860, il n’en faut pas plus. Et cette conduite explique d’ailleurs son renvoi final de l’armée.
C’est sur le tard, presque par opportunisme, qu’il devient l’écrivain à succès que l’Histoire retiendra.
Ayant lui-même longtemps méprisé les « dime novels » (ou « roman de 10 sous », la littérature de gare), il en comprend soudain le potentiel commercial et se met à en écrire à la chaîne — tellement que ses oeuvres n’ont pas été décomptés. Les estimations courent entre 400 et 600 romans sur sa carrière avec des pointes de productivité qui confinent à la légende. Il prétendait pouvoir écrire un roman de 600 pages en 60 heures…
C’est en 1869, alors qu’il cherchait justement à rencontrer un autre héros de l’Ouest, Wild Bill Hickok (qui l’aurait accueilli avec un pistolet et vingt-quatre heures pour quitter la ville), que Buntline finit par croiser la route d’un jeune éclaireur du nom de William Frederick Cody.
Impressionné par le charisme, la carrière et le physique de Cody, Buntline en fait le héros de plusieurs de ses romans. Il lui invente aussi une pièce de théâtre (« The Scouts of the Prairie ») et le pousse directement sur scène en 1872.
Il le lance ainsi, de manière quasi involontaire, dans une carrière de spectacle itinérant sur plusieurs continents qui fera de Cody une star mondiale sous le nom de « Buffalo Bill ». C’est sans doute sa plus grande contribution à l’Histoire, bien plus que les cinq mythiques revolvers à canon long qu’il aurait commandés et dont les descendants font la joie des tireurs et collectionneurs du monde entier.
Après cette existence rocambolesque, Buntline finira ses jours dans les Catskills avec sa dernière épouse en date, de juste trente ans à peine plus jeune que lui…
A sa mort, en 1886, deux autres femmes se manifesteront encore en prétendant avoir été mariées avec lui! C’est d’ailleurs fort possible.
Décris comme philanthrope, défenseur de l’ordre, aventurier, soldat courageux, écrivain à succès, il le sera tout autant que polygame, menteur, de moralité douteuse et fugitif de la justice.
Bref, un homme dont la vie réelle n’avait, par bien des aspects, rien à envier à ses propres romans.
Mais, au moins, vous connaissez désormais l’origine de ces Colt à canon ultra longs et à crosse amovible et pourquoi on les appelle des « Buntline ».
Devant une telle histoire, Uberti, fabricant italien réputé pour la fidélité de ses répliques d’armes du Far West, se devait de faire revivre ce mythe avec son 1873 Cattleman Buntline. Je vous ai raconté les débuts de l’aventure Uberti dans les reproductions ici.
Même architecture que le SAA original, mais avec un longuissime canon porté à 18 pouces (les 46 cm de votre exemplaire!). Et surtout cette fameuse crosse d’épaule amovible en bois et laiton, reprenant l’esprit exact de la légende qui permet de transformer en quelques secondes un revolver en arme d’épaule, puis inversement.
C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de cette configuration précise, par rapport à l’autre gamme Uberti inspirée du même modèle 1873, l’American Carbine : cette dernière propose bien une version « carabine » du revolver, mais sa crosse n’est pas conçue pour un montage/démontage rapide — il faut un jeu de vis et de pièces dédiées (poignée pistolet contre crosse droite) pour basculer d’une configuration à l’autre. Une opération d’atelier plutôt qu’un geste de terrain.
Le « American Buntline » que vous avez ici, en revanche, respecte l’esprit originel du mythe : une crosse réellement amovible en quelques instants, sans outillage complexe, qui fait toute la différence entre une simple carabine-revolver et un véritable hommage à la légende Buntline.
Un mot sur le calibre qui n’est pas anodin : le .44-40 Winchester Center Fire, ou .44 WCF, est lui-même une pièce d’histoire à part entière.
Introduit en 1873 par Winchester pour sa célèbre carabine à levier du même nom — « la carabine qui a gagné l’Ouest » — il propulsait à l’origine une balle de 200 grains sur 40 grains de poudre noire, avec des performances balistiques qu’on comparerait sans doute aujourd’hui à l’arrivée d’un .44 Magnum.
Colt puis Smith & Wesson ne tardèrent pas à décliner leurs propres revolvers dans ce même calibre, donnant naissance à un usage devenu légendaire dans tout l’Ouest américain : cow-boys, hors-la-loi, ranchers et colons appréciaient par-dessus tout de pouvoir alimenter revolver et carabine avec une seule et même cartouche, et donc avec une seule ceinture de munitions.
C’est très exactement cette logique que reproduit ici Uberti — un revolver-carabine cohérent avec l’esprit de l’époque jusque dans le choix du calibre.
Bref une arme d’exception avec une histoire légendaire et dans une excellente fabrication.
Notre arme de ce jour n’est pas si courante même en reproduction et surtout accompagnée de sa bonne crosse amovible. Elle se présente en plus sous un jour assez flatteur.
L’état général est excellent.
Le bronzage est bien d’origine et présent à 99% jusqu’au bout du canon. Très peu de griffures visibles uniquement en gros plans. L’arme n’a pas été portée en étui.
De même son très joli jaspage en carcasse est conservé à 99% ou plus. Sur ce modèle, dans cette fabrication, le chien n’est jaspé qu’en tranche et il l’est à 100%. Cela lui donne un look tranchant avec le reste de l’arme. Très seyant si j’ose dire.
L’état de conservation est assez remarquable pour ce type d’arme qui, sortie de son étui, passe généralement plus de temps entre des mains curieuses qu’au repos.
Elle est pourtant de 1972 comme l’indique ses poinçons. Une époque où Uberti produisait des pièces de très grandes qualité y compris pour le marché US, assez exigeant, puisqu’elle travaillait alors sur commandes de Navy Arms.
La crosse aussi est en bon à très bon état. C’est du noyer européen de qualité avec assez peu de marques de manipulation très éparses. Seul un petit coups disgracieux en coté gauche vient troubler cette belle harmonie mais il est unique et assez petit. J’aurais pu (et vous pourrez) le dissimuler avec un poil de cirage.
Cette crosse est aussi et surtout sale, avec des tâches de graisses séchées, et un bon coup de savon doux lui fera du bien. Mais comme cela vous savez tout.
Le laiton de la crosse est juste à passer à la pierre du droguiste pour retrouver tout son brillant d’origine. Il est lui aussi est peu griffé et manipulé. Encore une fois les gros plans exagèrent les micro griffures qui ne se voient pas à l’œil nu. Aucun coup ni enfoncement – TBE
Le mécanisme de fixation (simple vis et un crochet venant se bloquer dans une entaille pratiquée sous la carcasse) est plus que simple d’utilisation et en parfait état. Quasiment sans marques d’utilisation.
In fine crosse en BE+/TBE.
Notez que mes photos sont comme d’habitude sont prises en très (TROP) gros plan, à une distance où l’œil nu ne s’aventure jamais. Ce qui exagère considérablement chaque micro-marque, grain de poussière, tache de graisse ou même reflet. Regardez l’arme dans son ensemble pour vous en convaincre.
L’arme est certes très sale, pleine de graisse et de poussière séchée car elle dormait au fond d’un placard depuis au moins 30 ou 40 ans mais elle est surtout un très beau spécimen. TBE/TBE+
Les organe de visée sont 100% acier sur cette fabrication. La hausse est réglable dans les deux axes ce qui suffit d’ailleurs à assurer son classement en catégorie B.
La mécanique est impeccable avec aucun jeu à l’abattu, une percussion nette et franche, des ressorts qui ont peu servi et une indexation de jeune fille.
Le canon est rigoureusement miroir avec de très belles rayures bien nettes jusqu’à la bouche. Avec une telle ligne de mire, la précision est garantie ! TBE+
Les chambres du barillets sont également en excellent état. L’arme a clairement peu fonctionné. Elle ne porte d’ailleurs qu’une marque très légère de rotation en barillet. In fine, l’arme n’a pas grand chose à envier à un exemplaire neuf.
Un 1873 SAA des plus particuliers, une pièce de caractère, assez rare sur le marché avec sa crosse amovible, à la fois fidèle à la légende du Far West et dans un calibre des plus classiques et des plus sérieux. Une arme pour un collectionneur amateur de Westren comme un fan de tir hors normes.
ARME DE CATÉGORIE B AU CSI : ARME SOUMISE À AUTORISATION – PHOTOCOPIES DE LA PIÈCE D’IDENTITÉ ET DE LA LICENCE EN COURS DE VALIDITÉ OBLIGATOIRES – COMPTE SIA OUVERT BIEN ÉVIDEMENT – Expédition contre signature en deux colis séparés d’au moins 48 heures obligatoire.
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