


























Maître Flingus vous a raconté ici ou ici l‘histoire pas si simple du Hand Ejector de 1899 devenu, en 1957, après nombre de détours, le prosaïque « Modèle 10 ».
Car ce qui caractérise aussi cette arme, c’est la valse de ses dénominations.
En un peu plus d’un demi-siècle, la même mécanique de fond — un K-frame à barillet basculant en calibre 38 — traversera pas moins de cinq identités officielles successives.
Baptisée simplement « .38 Hand Ejector Military & Police » ou « Model of 1899 » à sa naissance, elle deviendra le « Military and Police Model of 1902 » avec l’arrivée du nouveau calibre .38 Special, puis deviendra le « Model of 1905 » avec une modification de percussion et des organes de visée agrandis. Ce modèle connaîtra lui-même encore quatre modifications mineures de la mécanique jusqu’aux années 1940.
En 1942, c’est le sobriquet « Victory Model » qui lui sera affublé. Née d’un simple préfixe « V » ajouté aux numéros de série lors du passage du millionième exemplaire produit — un nom qui n’a d’ailleurs jamais été officiel — cette dénomination s’imposera dans l’usage courant pour désigner les versions militaires de la seconde guerre mondiale.
En 1957, l’abandon des noms imagés par Smith & Wesson au profit d’une nomenclature chiffrée fera encore rebaptiser le modèle, enfin et définitivement, en un sobre « Modèle 10 ». Cinq noms usités au moins pour une une seule âme mécanique.
Parlons ici plus particulièrement du « Victory », c’est à dire du Hand Ejector durant la seconde guerre mondiale. Notre S&W Victory de ce jour en est un bel exemple. Cela permettra d’ailleurs aussi d’en situer l’histoire.
En fait, durant la seconde guerre mondiale, l’arme a vécu deux vies parallèles. Une vie britannique et une vie américaine.
Il faut d’abord rappeler que, avant la seconde guerre mondiale, ce modèle, cérémonieusement et clairement dénommé « Military and Police », ce qui témoigne bien des ambitions initiales de Smith en matière de fournitures militaires, avait totalement raté la dite carrière militaire.
A peine 3.000 armes commandés par l’Army et la Navy réunies durant la Guerre des Phlippines, commande qui n’avait d’ailleurs pas été totalement réceptionnée.
La première guerre mondiale n’avait rien arrangé.
En 1914-1918, chez les anglo-saxons, ce ne furent pas tant les .38 qui donnèrent de la voix mais plutôt des .45. Et après la guerre, si l’excellent .455 britannique tendait à se faire timidement pousser vers la sortie au profit du .38/200 (en 1932), c’était nettement moins évident chez l’oncle Sam.
L’Amérique, elle, avait surtout vu sortir du bois le mythique Colt 1911.
Vers 1930/1940, on pouvait donc légitimement se demander s’il existait encore un avenir militaire pour le revolver en .38.
C’est en fait la guerre et la Grande Bretagne qui vont relancer l’arme. Et c’est surtout le prix qui va relancer le revolver militaire aux USA. Et les deux vont finalement converger chez Smith.
Les anglais tirent les premiers à leur habitude.
La production militaire de revolvers de guerre chez Smith & Wesson démarre dès le 11 mars 1940, avec le lancement du « British Service Revolver » (BSR), un « Military and Police » chambré en .38 S&W/.38-200 pour le compte du gouvernement britannique. En fait en 38SW au départ, puis en 38/200 à partir de septembre 1940. Les deux cartouches sont d’ailleurs interchangeables.
Cette première commande s’intensifie ensuite fortement après le désastre de Dunkerque, en juin 1940, lorsque les britanniques, ayant perdu l’essentiel de leur matériel sur les plages françaises, se retrouvent en urgence absolue de rééquipement.
Ils se tournent massivement vers les fabricants américains qui pour certains comme Smith n’ont que ça à faire vu qu’ils sont encore frappés de plein fouet par la Grande Dépression.
Aux USA, qui sentent la guerre arriver mais n’y sont pas encore impliqués, c’est le prix du Colt 1911 A1 qui interdit en fait d’en équiper tout le monde. C’est une allocation de ressource dispendieuse à une époque où on cherche surtout à équiper l’infanterie et marins en armes semi-automatique d’épaule et en PM.
On cherche donc une arme plus simple et moins chère pour les hommes moins exposés au combat direct — pilotes, sous-mariniers, gardes divers…
C’est donc la Navy qui passe la première commande américaine de ces revolvers militaires à la mi 1940.
C’est assez bien adapté pour elle en plus. Le revolver a son utilité propre à bord d’un avion ou d’un sous-marin : moins de pièces mobiles, moins sensible à l’humidité, capable de tirer même partiellement immergé. Pas de culasse à armer, pas de sûreté à lever — précieux quand une seule main reste valide ou que l’autre fait autre chose.
Le vieux « Military and Police » reprend donc du service armé aux USA. Et le Smith & Wesson de la commande britannique tombe à pic pour elle si je puis dire car sa production à assez vaste échelle est déjà lancée du fait des anglais. Elle choisit donc aussi le Military & Police comme revolver de combat.
In fine, environ 850.000 à 950.000 environ de Smith&Wesson Military and Police seront produit dont environ 568.000 en 38 SW/38-200 iront chez les britanniques. L’écart d’estimation de production s’explique par la difficulté à comptabiliser précisément tous les canaux de distribution (contrats militaires directs, DSC, Commission maritime, armes commandées non livrées, armes reprises ou non dans les différentes vagues du prêt-bail, etc.).
Au début, Smith poursuit sa numérotation civile sur ces armes militaires. Ce n’est que arrivé au million (armes civiles et policières d’avant-guerre comprises) que Smith se décide de modifier sa numérotation en y ajoutant le fameux V » pour « Victory » qui va finir par designer toutes les armes, qu’elles soient britanniques ou américaines, de cette production militaire.
Les numéros en V commence au V1 le 24 avril 1942 et se terminent au V811 119 le 27 août 1945. Des armes seront livrées au britanniques jusque mars 1945.
J’insiste lourdement sur la qualité de ces armes. Nous sommes encore à une époque où Smith ne sait pas faire du moyen. Certes les finitions pâtissent de la guerre mais la mécanique et les ajustements restent eux intraitables. Je suis d’ailleurs toujours surpris pas la souplesse mécanique et la qualité de détente de ces armes militaires.
En particulier, le contrôle qualité de l’Ordnance sur les armes US sera féroce avec jusqu’à un tiers de la production rejetée certains jours en début de production ! Ce qui explique aussi la qualité de ces armes.
Deux inspecteurs de l’Ordnance y veilleront. Waldemar Broberg (poinçon « WB ») laissera sa place au redoutable Guy H. Drewry (poiçon GHD) aux alentours de l’arme n°142.000. Drewry validera non seulement la production destinée à l’armée des États-Unis mais aussi aussi la production des Smith & Wesson destinée au prêt-bail des anglais.
En 1940 donc, le « military and police » tient donc enfin la carrière militaire tant attendue. Il sera dès lors présent sur tous les fronts. Et très loin de ses bases.
Les pilotes de la Marine américaine comme Boyington portent l’arme en étui de poitrine, un peu comme les tankistes mais l’étui est différent. Les pilotes des Marines portaient en plus des cartouches supplémentaires sur une bandoulière suspendue l’arme.
Cette configuration de port de l’arme de poing dans l’aéronavale restera en vigueur jusqu’à l’apparition du Beretta M9 en 1985. On voit beaucoup de photos de pilotes au Vietnam vers 1970 portant leur arme comme dans le Pacifique en 1943. En cas d’atterrissage forcé en territoire ennemi, l’arme se dégaine vite et tire en un seul geste, de quoi accueillir dignement le comité de réception depuis son cockpit ou suspendu à son parachute.
Côté britannique, les soldats préfèrent nettement le Victory à leurs vieux Webley et Enfield à canon basculant : fonctionnement plus ergonomique, détente plus nette et plus souple, verrouillage plus rigide. Fabrication Smith oblige.
L’arme aura aussi une carrière plus clandestine.
Une partie significative des Victory en 38SW /.38-200 ne finira pas dans un étui militaire britannique. Ces armes sont en réalité « redistribuées » par l’OSS — l’Office of Strategic Services, l’ancêtre direct de la CIA.
L’OSS les parachutera en nombre aux réseaux de résistance de toute l’Europe occupée. Beaucoup atterrissent en France, parachutés en pleine nuit en 1943 et 1944, entre les mains de nos résistants.
C’est très exactement pour cette raison que le Victory en .38 S&W reste aujourd’hui bien plus courant sous nos latitudes que son cousin en .38 Special : notre continent en a tout simplement reçu beaucoup plus, mais par des voies bien moins officielles.
Notre arme de ce jour est typique de cette production. Par son style et son histoire, le Victory est un des incontournables des armes de la seconde guerre mondiale.
Cet exemplaire se présente dans un état plus que très bon par rapport à nombre de ses collègues sur le marché. D’après son numéro de série, cette arme est sortie d’atelier en février 1943 et elle fête donc ses 83 étés. L’arme a été ré éprouvée en Bavière en 1992.
Sa surface externe est conservée à 95%. Aucune trace d’oxydation n’est perceptible et encore moins de peau d’orange sur le bronzage. Très beau. Aucune marque de port en étui n’est visible non plus, ni en bout de canon ni sur les arêtes.
Les griffures et autres marques de manipulation sont, elles aussi, extrêmement limitées, presque absentes. Ce que vous voyez est comme d’habitude TRÈS exagéré par mes TROP gros plans.
Les photos d’ensemble rendent beaucoup plus justice à l’arme. Mais, comme cela, vous voyez tout.
Les plaquettes de crosse, en beau noyer américain, ne présentent, elles non plus, aucune marque de manipulation notable — Aucun coup important aucun manque. Des bois qui ont manifestement peu servis. TBE en esthétique donc pour cette arme.
Anneau de dragonne et vis en parfait été également.
L’ensemble des marquages de l’arme — fabricant, modèle, poinçons — reste d’ailleurs net et parfaitement lisible, sans aucune usure ou oxydation venant brouiller la lecture.
Sous la crosse, on retrouve bien le petit poinçon GHD pour Guy H. Drewry, l’officier de l’Ordnance de l’armée américaine chargé, à cette période de la guerre, d’inspecter et d’accepter la production militaire de Smith & Wesson avant expédition. Sa présence atteste donc que cette arme est bien passée par le contrôle qualité militaire américain.
C’est une arme de service américaine sans aucun doute puisque bien nettement marquée « United States Property » en carcasse — Aucun poinçon britannique. Ce qui rend cet exemplaire à mon sens intéressant. Il s’agit plus que très probablement d’une arme de parachutage de l’OSS aux réseaux de résistance en Europe occupée.
A noter que le jaspage d’origine de l’arme reste bien visible à 98% sur le chien et la détente, signe aussi une pièce qui a peu tiré et a été peu manipulée. Ladite détente est aussi sériée en avant.
Ce sont des détails certes, mais des détails qui en disent long : même en pleine production de guerre, à un rythme industriel effréné, Smith & Wesson de la grande époque a continué à faire une production plus que qualitative. Honneur à ces ouvriers et artisans qui nous nous manquent tant aujourd’hui…
Mécaniquement, l’arme est irréprochable : l’indexation du barillet se fait sans la moindre histoire. La détente reste souple même en double action. La percussion est nette et franche. Une excellente arme de tir aussi.
L’arme paraît à peine rodée — les ressorts internes sont encore fermes, un signe supplémentaire d’un usage resté très limité au fil des décennies.
Le canon est comme neuf, littéralement miroir sur toute sa longueur avec de très belles rayures.
Le guidon, en demi-lune, est lui aussi resté parfaitement d’origine et bien préservé — contrairement pas mal d’exemplaires que l’on croise, où les guidons ont été « retaillés » par des propriétaires successifs.
En définitive, voilà un très bel exemplaire de Smith & Wesson Victory en TBE, capable de satisfaire aussi bien le tireur exigeant que le collectionneur en quête d’une pièce qui a fait l’histoire.
ARME DE CATÉGORIE B AU CSI : ARME SOUMISE À AUTORISATION – PHOTOCOPIES DE LA PIÈCE D’IDENTITÉ ET DE LA LICENCE EN COURS DE VALIDITÉ OBLIGATOIRES – COMPTE SIA OUVERT BIEN ÉVIDEMENT – Expédition contre signature en deux colis séparés d’au moins 48 heures obligatoire.
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| ID | 10338409 |
| URL | https://www.gunfinder.com/items/10338409 |
| Category | Firearms / Revolver |
| Purchase eligibility | Required |
| Caliber | .38S&W |
| Condition | Neu |
| Location | 75002 Paris, France |
| Availability | In stock |
| Shipping costs paid by | Buyer |
